La Ruche qui dit Oui je suis une abeille... il parait...

Par · 30 juin 2013 · 7 commentaires

La Ruche qui dit Oui - Comptoir Général

Depuis une petite année maintenant, je butine dans une ruche parlante, une ruche qui répond par l’affirmative ! Une fois par semaine, je prends mon sac à dos rayé, et je pars dard dard y chercher du bon miel (mais aussi des radis, des carottes, du paleron de bœuf, du fromage, des yaourts…).

La Ruche qui dit Oui - Radis

“Une ruche vous dites ?

– Une ruche.

– Qui dit “oui” ?

– Oui.

– Oui ?

– Tout à fait.”

Derrière ce nom monty-pythonesque se cache une initiative plus qu’intéressante : de petits producteurs vendent une fois par semaine leurs produits sur un site internet, vous achetez ce qui vous fait plaisir puis, quelques jours plus tard, vous allez chercher votre butin à la “ruche” où vous êtes inscrits. Pour ne pas faire 30 km pour 2 oranges, chaque producteur peut choisir une limite en dessous de laquelle il ne se déplacera pas (le prix de vos achats chez ce producteur ne vous sera alors pars débité).

Ça parait tout bête comme ça, mais ce faisant votre poireau sera passé directement de la main du sympathique monsieur avec les mains pleines de terre à votre assiette. Pas d’intermédiaire (à part la ruche qui prend quand même un petit pourcentage), pas de grossiste, de supermarché, de marchand, de multinationale, de requins aux dents en or se faisant leur maille sur le dos du pauvre agriculteur !

En théorie, les produits (souvent bio) devraient aussi être moins chers, en pratique ils ne le sont pas vraiment, mais leurs prix restent comparables à ceux des grandes surfaces, et surtout ils ont parcouru beaucoup moins de distance et sont donc moins fatigués.

La Ruche qui dit Oui - Oignons

Mais venons-en au fait, car si manger bio, local, agriculture raisonnée, élevé en plein air, sont des préoccupations qui me paraissent importantes, je ne suis pas là pour vous parler de l’éco-responsabilité, mais de la gusto-responsabilité !

La qualité gustative d’un aliment qui n’est pas normalisé à “l’attente du consommateur” est variable d’une récolte à l’autre. Il m’arrive donc parfois d’être un peu déçu par le contenu de mon panier ; comme ces fraises au parfum enivrant et au goût absent, ou comme ces carottes censées faire redécouvrir la saveur des “vraies” carottes d’autrefois, fades…

La Ruche qui dit Oui - Yaourts fermiers

Mais ces quelques déceptions arrivent relativement peu souvent, et par ailleurs quelques produits ne cessent de m’enchanter semaine après semaine ! C’est le cas des yaourts du GAEC du Pot au lait qui surprennent par la richesse aromatique contenue dans un pot aussi doux, subtil et lacté. Les Viandes du Chateauneuf sont également d’une qualité exemplaire ; et bien qu’il ne soit plus disponible depuis plusieurs mois, je garde un souvenir virevoltant de leur lard fumé (j’ai commandé des lardons cette semaine, j’espère qu’ils sont du même acabit). Les œufs de Xavier Delorme, amenés à la ruche par les Légumes de l’Omignon, sont tellement frais qu’une semaine après les avoir achetés ils sont toujours aussi fiers et fermes lorsqu’on les glisse dans une belle poêle beurrée. Les champignons de Paris de la Champignonnière La Marianne sont à vous dégoutter des champignons de supermarché… presque aussi intenses que des cèpes, ces spécimens aux biceps bodybuildés ont une note sauvage (bien qu’étant cultivés). Le pain de la Ferme de la Budinerie est délicat et moins brut que ce qu’on pourrait attendre d’une farine bio, il n’en garde pas moins un vrai caractère malté. La magret de canard fumé de la Ferme du Loup Ravissant semble parfumé de milles fleurs…

La Ruche qui dit Oui - Brie

Il y a aussi des fromages, des huiles, des boissons (très belle découverte de ce “Poiré fermier”, cidre fait à partir de poires, des Vergers de la Morinière), des légumes bien sûr et même des plats préparés.

Chaque ruche est différente et cherche à travailler le plus possible avec des producteurs locaux, aussi je ne peux parler que pour la mienne, la “Ruche du Comptoir général” dans le 10e arrondissement de Paris. Mais je vous conseille vivement d’aller jeter un coup d’œil sur le site internet La Ruche qui dit Oui pour voir s’il y en a une près de chez vous et tenter l’expérience d’être une abeille. Et si le jaune et noir ne mettent pas en valeur votre teint, vous pouvez toujours laisser le dard au vestiaire.

La Ruche qui dit Oui – Ruche du Comptoir général
80 quai de Jemmapes
75010 Paris, France
www.laruchequiditoui.fr

Distribution tous les samedis de 11h à 13h
(la commande doit être effectuée avant le mercredi soir).

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Publié dans Aventures culinaires, Paris 10e
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7 commentaires pour
“La Ruche qui dit Oui je suis une abeille... il parait...

    Liv le 30 octobre 2013 à 14:54
  1. Je fais un commentaire sur le paragraphe “En théorie, les produits (souvent bio) devraient aussi être moins chers, en pratique ils ne le sont pas vraiment, mais leurs prix restent comparables à ceux des grandes surfaces, et surtout ils ont parcouru beaucoup moins de distance et sont donc moins fatigués.” Je fais partie d’une ruche a Bagneux et les produits boissons (jus, nectars, etc) sont 30% jusqu’a 2 fois plus chers que chez “Les Nouveaux Robinsons” a Montrouge ou un biocoop quelconque. Il n’y a pas de question de les acheter dans la ruche, et selon ce que je vois personne n’est aussi bete. Le fromage est encore une deception, on regarde un image d’un fromage frais ou pate molle de bonne forme (comme d’ailleurs sur vos photos dessus) mais ce qui arrive est trop mur (par rapport a l’image), presque tout la croute, et presque rien du fromage a l’interieur. Les carrottes ont encore un meilleure gout chez LNR. Les fruits peuvent etre encore trop murs (on aurait achete 1-2 dans un magasin mais pas 1-2kg simultanement, puisque dans quelques heures ils seront perimes). Effectivement, apres plusieurs essays et erreurs je peux conseiller les pommes de terre et les oeufs. Si une partie de la commande n’arrive pas on est rembourse avec 20 jours de retard. En comparaison, les serieux magasins en ligne ne chargent jamais la carte bancaire avant que la commande soit envoyee. En gros c’est une experience interessante, mais qui au meme temps apporte plusieurs contraints bien ennuyeux.


  2. T. Tilash le 30 octobre 2013 à 19:41
  3. Bonjour Liv, merci pour votre commentaire.
    Chaque Ruche est gérée indépendamment par la personne ou structure qui l’héberge, je ne suis donc pas si étonné qu’elles ne se valent pas toutes. Ceci dit au sein des deux ruches où je suis membre, j’ai appris à acheter chez les producteurs qui valent le coup, pour le prix mais aussi la qualité de leurs produits, ce n’est pas parce qu’une carotte est bio qu’elle sera bonne, malheureusement.
    Par contre en ce qui concerne des fruits ou légumes trop murs, les quelques fois où j’ai vu des messages de ce type sur le site de ma ruche, les producteurs ont donné des produits en dédommagement ; et les deux ou trois fois où un produit que j’avais acheté n’a pas pu être présent, j’ai été remboursé en une semaine.
    Je vous confirme par ailleurs avoir pris les photos de cet article moi-même, sur place (et les fromages du Gaec du Pot au Lait ne m’ont jamais déçu !)… mais effectivement souvent les photos sur la liste d’achat du site sont des photos “types” qui ne représentent pas le produit (ce qui n’est pas très grave pour une photo d’œufs, mais peut s’avérer plus ennuyeux pour un fromage).

    Je vous encourage à faire part de vos réclamations à votre Ruche, la démarche étant plutôt citoyenne que mercantile je pense que de la critique constructive leur fera du bien.
    Je vous encourage également à vous inscrire dans une autre Ruche s’il y en a près de chez vous, pour tester une autre organisation et d’autres producteurs… vous êtes peut-être tombée sur une abeille fatiguée…


  4. Thomas le 19 novembre 2014 à 10:34
  5. Bonjour,

    Je me permets de vous indiquer un lien au vous pourrez vous renseigner sur toutes les imites de ce type de commercialisation : http://aquitainedecroissance.org/2014/11/09/les-amap-disent-non-a-la-ruche-qui-dit-oui/

    Extrait : ”

    J’enquête depuis plusieurs mois sur ce système pyramidal géré par la société equanum et dirigé par Guilhem Chéron et David Choukroun.

    En effet, ces deux entrepreneurs se jouent des consommateurs.

    1- Car ils promeuvent un système de vente directe alors qu’il y a des intermédiaires, au nombre de 2 (la société elle-même + le responsable de ruche très souvent sous le statut d’association ou auto-entrepreneur).

    2- Analyse sémantique : il est très intéressant d’analyser les mots et expressions qui font de ce modèle une supercherie (collaboratif, participatif, circuit-court, locavore…) pas seulement auprès des consommateurs mais également auprès des responsables de ruches. En utilisant des termes comme « collaboratif » ou « participatif » ils réussissent à mettre dans la matrice les responsables de ruche en indiquant qu’il est nécessaire de faire appel à des bénévoles lors des distributions de produits (durée moyenne 2h). Ensuite il ne reste plus au responsable qu’à motiver le client « abeille » (LE DINDON DE LA FARCE) pour animer le réseau. Imaginez que le responsable d’un grand magasin vous demande de ranger les produits en rayon et de faire les dégustations à la place du producteur de fromage qui ne peut se déplacer? Évidement il existe des entrepreneurs qui abusent du système pour solidifier leur trésorerie. Bienvenue à la Ruche!

    3- Une entreprise qui défend une agriculture locale/paysanne en jouant le Robin des Bois (Grand Sauveur) face au grand méchant loup qu’est la grande distribution. En parallèle, celle-ci cautionne dans son propre réseau de nombreux grossistes en viandes, fruits et légumes, produits d’épicerie, poissons…qui rapportent un gros pourcentage de commission.

    4- Une entreprise qui met à la porte du jour au lendemain des fournisseurs de ruches en leur faisant perdre 100% de leur chiffre d’affaires.

    5- Une entreprise qui s’amuse du dépôt de bilan de producteurs (ex :GAEC Du Pot Au Lait…) ou d’un artisan qui contribuent au succès du concept. Pas très éthique tout ça!

    6- Une entreprise qui valorise son fonds de commerce en cassant du sucre sur les grandes entreprises de la distribution alors qu’elle est soutenue par des investisseurs similaires via des fonds comme KIMA VENTURES, JAINA CAPITAL… Pas très cohérent du coup.

    7- Des entrepreneurs qui soutiennent en interne un système de délation pour faire remonter les informations. Tout en appliquant une stratégie de « diviser pour régner ».

    8- …

    Après tout cela, nous ne comprenons pas comment cette structure puisse être considérée par LA DIRECCTE ILE DE FRANCE comme sociale et solidaire. Ni même comment elle a pu être financée indirectement par la banque postale (banque publique) via son fond d’investissement XANGE PRIVATE EQUITY et SOLID (fond d’innovation social).

    Je reviendrai prochainement avec de nombreuses autres informations, que vous pourrez vérifier par vous même.”

    Cordialement,
    Thomas


  6. T. Tilash le 24 novembre 2014 à 13:17
  7. Bonjour,
    Merci pour votre commentaire. Je tiens néanmoins à signaler que vous recopiez ici non pas des extraits de l’article en lien, mais les dire d’une personne “anonyme” laissant elle-même un commentaire sur l’article en question… Ne sachant absolument pas qui est cette personne, ni en quoi consiste son “enquête” il me parait difficile de prendre pour agent-comptant ce qu’elle dit. Mais amusons nous à prendre tout ça point par point :

    1 – Il y a des intermédiaires, c’est vrai… Et… on le sait. C’est écrit sur le site de la Ruche qui dit Oui (Le service qui permet de vous distribuer chaque semaine les meilleurs produits de votre région représente 15,8% du prix payé. Ce coût est réparti à égalité entre le responsable de la ruche et l’entreprise qui fournit le service Internet.). Tout le monde est au courant, et personne ne fait semblant de ne pas le savoir… Ceci n’est donc pas un argument, d’autant plus que 84,2% pour le producteur cela me semble considérablement mieux que la vingtaine de pourcentage qu’ils obtiennent habituellement dans la grande distribution, non ?

    2 – Les bénévoles repartent souvent avec des produits offerts par les producteurs, et d’après ce que j’ai vu (je n’ai jamais été bénévole) le sourire et la bonne humeur. Qu’il existe des “entrepreneurs qui abusent du système pour solidifier leur trésorerie” je peux le croire, mais je n’en ai jamais vu personnellement.

    3 – Sur ce point j’avoue mon ignorance… Peut-être est-ce vrai… pour ma part j’ai toujours eu affaire aux producteurs me vendant leurs produits, et n’ai pas la sensation d’avoir eu affaire à des grossistes.

    4 – Encore un point dont je n’ai pas connaissance, mais l’avancer sans preuve aucune me parait un peu léger.

    5 – Une entreprise qui “s’amuse” du dépôt de bilan de producteurs ? Qui s’est amusé du dépôt de bilan de GAEC du Pot au Lait ? Surement pas moi, qui n’ai toujours pas retrouvé d’aussi bons yaourts… ni les autres “abeilles” qui ont multiplié les lettres de soutien et les propositions de réunions pour essayer de sauver le producteur… ni la Ruche Quai de Jemmapes qui a organisé un appel aux dons pour aider Philippe (le producteur) a rembourser ses dettes…
    Alors, on peut toujours fantasmer un “méchant capitaliste” assis sur ses liasses de billet, qui ricane avec ses dents de vampire… mais tant que je ne l’aurai pas vu, je ne croirai pas que quelqu’un se soit amusé de cette histoire.

    6 – Ce point me semble être au cœur des nombreuses critiques de la Ruche qui dit Oui. Je ne vois pas d’incohérence, la Ruche qui dit Oui est une entreprise, elle a fait appel à des investisseurs, c’est normal. Elle fait un certain chiffre d’affaire, mais est pour le moment en déficit (pas de bénéfices), donc personne ne s’enrichit pour le moment. Et si un jour ces investisseurs s’enrichiront avec la Ruche, peut-être que ça les convaincra d’investir plus souvent dans des entreprises qui essayent (modestement) de changer les choses. Alors quelle est réellement la critique ? Qu’il y a des hommes en costard derrière cette entreprise ? Oui, et alors ?

    7 – Preuves ?

    8 – Quelle mesquinerie de rajouter des points de suspension de la sorte, insinuant qu’il y aurait encore bien d’autres choses à dire, alors que le peu qui est déjà dit est soit faux, soit sans intérêt, soit avancé sans preuve.

    Le système de la Ruche qui dit Oui n’est très probablement pas parfait. Peut-être que pour un producteur, l’idéal est la vraie vente directe. Sans doute que pour ce même producteur, l’AMAP est une solution avantageuse (d’autant plus que les AMAPs font recours presque exclusivement à des “dindons”… euh pardon, à des bénévoles…). Mais critiquer la Ruche sur pleins de points qui peuvent se résumer à une critique du “capitalisme” me parait être de mauvaise foi et contre productif.
    Je n’ai rien contre un débat constructif, mais pour cela il faudrait que les détracteurs de la Ruche qui dit Oui annoncent plus ouvertement ce qu’ils critiquent, et ne le fassent pas de manière détournée…
    Ce n’est que mon avis bien sûr.
    T. Tilash


  8. Thomas le 25 novembre 2014 à 10:33
  9. Bonjour,

    Merci pour ce point de vue. Je n’ai certainement pas été très avisé de reprendre ce commentaire dans mon post mais je trouvais intéressant la présentation point par point qu’avait fait cette personne anonyme.

    Je précise que je travaille dans le bio et que j’échange chaque semaine avec des producteurs en vente directe.

    J’avais commencé à vous répondre point par point mais cela nous amènerait surement dans une conversation technique et stérile.

    Même si je prends note de chacun des points que vous avez soulevé et reconnais ne pas avoir de réponse précise pour chacun d’eux, je voudrai insister sur quelques points fondamentaux.

    Contrairement à ce que vous semblez penser, il s’agit bien de critiquer la démarche “capitaliste” dans le marché de l’alimentation. Se nourrir me semble être un droit que l’on doit garantir à tout le monde. Les mêmes causes entrainant les mêmes conséquences, choisir un système qui a vocation a distribuer des dividendes à ses financeurs, éloignera toujours plus le consommateur du producteur et l’alimentation restera une marchandise, bien qu’elle soit un besoin vital. Cela me pose un gros problème.

    J’avoue que donner de l’argent à des personnes qui en ont déjà plus que de raison me pose problème, surtout quand j’estime que l’intégralité de la somme devrait revenir au producteur et non à la personne qui fait de la mise en relation. Je rappelle qu’avec le système de ruche, l’entreprise mère n’assume ni le risque d’invendus, ni la distribution des produits. Il prennent pourtant une marge de 15,8%. Dire que cela est mieux que les 20% que les producteurs obtiennent habituellement dans la grande distribution est vrai mais trompeur. En effet, les producteurs qui commercialisent via la grande distribution ne sont que rarement concernés par les systèmes de vente en circuits courts. Leurs productions sont spécialisées, industrialisées, invendables en l’état (car non transformées ou non conditionnées) et surtout les volumes produits ne pourraient pas s’écouler via des circuits courts. Il faut donc comparer ce qui est comparable, à savoir des fermes qui se diversifient dans la vente directe et qui, par la commercialisation via une ruche, perdent une partie de leur marge en espérant le compenser via l’augmentation du nombre de clients. Sans compter que les ruches contactent plusieurs producteurs en même temps pour les mettre en concurrence et tirer les prix vers le bas (confirmé par plusieurs maraichers de mon secteur). De là à arriver à une dérive d’écrasement des prix et de mise en difficultés de petites producteurs déjà bien éprouvés, il n’y a qu’un pas.

    Ce ne sont surement pas les investisseurs qui créés le dynamisme local dont nos régions ont besoin alors que les producteurs sont à la base de l’économie rurale.

    Beaucoup de reines ont un statut d’auto-entrepreneurs (65% en janvier 2014). Ils auraient très bien pu prendre des salariés pour faire ce job, mais ils ont choisis le statut le plus précaire qui existe : pas de droit formation, pas de droit assedic, mauvaise couverture sociale, mais surtout pas de charges sociales pour le “patron de l’ombre” ! Ils l’ont non seulement choisis mais ils ont aussi fait des démarches auprès du ministre du travail l’année dernière pour rendre plus flexible (donc encore plus précaire) le statut auto-entrepreneuriat.

    Un point qui me semble fondamental concerne l’engagement. Lorsqu’une personne adhère à une AMAP, il s’engage auprès du producteur. La production de denrées alimentaire est une démarche longue et le marché à court terme ne permet pas à un producteur de savoir s’il sera justement rémunéré de son travail. L’AMAP lui offre une garantie de revenu et écoulement de sa production (donc moins de gâchis alimentaire). La ruche ne propose rien de tel. Ainsi, la ruche ne propose aucune solidarité avec les gens qui nous nourrissent.

    Quant au temps à investir dans une AMAP en tant que bénévole, je ne pense pas qu’il soit comparable aux temps moyen relevé pour le boulot de reine. D’après LSA du 4 septembre 2014, en moyenne, les reines touchent 400€ par mois, soit 342,80€ net (déduction faite des 14,2% de cotisations sociales liées au statut autoentrepreneur) pour 10 à 15h de travail hebdomadaire. Cela nous fait 6,84€ net de l’heure, soit un revenu inférieur au SMIC.

    Alors oui, les Ruches sont certainement un modèle idéal pour des clients pressés, qui croient donner un sens à leurs achats. Mais il faut aller au-delà des apparences et voir quel est le débat de fond : veut-on continuer à considérer l’alimentation comme une marchandise comme les autres ou non ?

    Tous les scandales alimentaires ne sont que le résultat d’optimisation financières de structures qui souhaite créer de l’argent. A l’opposé des producteurs qui vendent en direct et qui se soucient réellement de proposer un produit de qualité, sain et nourrissant.

    La ruche qui dit oui a certainement un effet positif en attirant de nouvelles personnes vers les circuits-courts et en interpellant sur l’impact de nos achats. Elle peut être une solution de transition vers une consommation alimentaire moins absurde. Libre à chacun d’aller ensuite jusqu’au bout de la démarche !


  10. T. Tilash le 25 novembre 2014 à 11:44
  11. Merci pour votre réponse étoffée.

    Je ne rentrerai pas dans le débat sur la critique du système capitaliste, car c’est un débat d’ordre politique, et il ne m’intéresse pas (ou du moins pas dans le cadre de ce blog). Cela me gêne lorsque les critiques sont d’ordre idéologico-politiques, et non sur le cœur d’une démarche ou d’un projet.
    Un peu comme si on reprochait aux Sex Pistols de vendre des disques, parce que vendre c’est foncièrement opposé au punk et à leurs valeurs (chose qui a du leur être reprochée, je n’en doute pas). Mais qu’est-ce qui est le plus important ? Que la musique des Sex Pistols et (éventuellement) leur message se retrouvent dans les chaumières, ou qu’ils se cloitrent dans leurs idéaux et restent dans quelques caves ?

    Mais venons-en aux autres points que vous évoquez, qui eux me semblent plus intéressants (car ils parlent du cœur du projet justement).

    Votre description du producteur à qui l’on aimerait donner plus d’argent, et que l’on aimerait aider d’avantage, je la partage. Et je ne doute pas des quelques points négatifs au sujet des Ruches dont vous parlez… mais il ne faudrait pas occulter les points positifs qui sont aussi bien présents.
    Prenons l’exemple de Nicolas Thirard de la Ferme de l’Omignon. Lorsqu’il a démarré avec la Ruche, il était tout seul, s’en sortait tant bien que mal, en essayant de faire de l’agriculture raisonnée. Depuis qu’il travaille avec la Ruche, il est passé en bio (ce qui est cher à effectuer, je ne doute pas que vous le savez), a engager plusieurs personnes à plein-temps (je ne suis pas sûr du nombre exact), a multiplié sa production, et vient de planter des vignes… Des exemples comme celui-ci il y en a, et il serait un peu trop vite vu de diaboliser ces producteurs comme ayant vendu leur âme au diable (surtout après avoir goûté ses incroyables tomates cerises !).

    Ma vision est forcément parisiano-centrée… car je vis à Paris, j’en ai bien peur… Et bien sûr, je préfèrerai faire le tour des producteurs dans ma petite camionnette, leur acheter directement leurs produits, participer d’avantage au dynamisme local… mais en attendant de me trouver une petite baraque tranquille en dehors de la ville, je prends le métro pour aller à la Ruche. Et je suis ravi de partager quelques mots avec des producteurs fiers de leurs fruits, de leurs légumes, de leurs viandes, plutôt que d’aller dans un supermarché “bio” acheter des pommes d’Amérique du Sud…
    Et en ce qui concerne l’AMAP, je veux bien, mais lorsque j’en ai cherché autour de chez moi elles étaient toutes pleines (avec liste d’attente…).

    Au sujet du statut d’auto-entrepreneur, je ne veux pas non plus trop rentrer dans les détails, mais je connais bien ce statut, et bien qu’il n’est pas viable sur le long terme pour un emploi principal, il est très adapté aux emplois secondaires. Les “reines” ne peuvent pas être salariées de la Ruche, car le principe même n’est pas d’en faire un emploi chiffrable, avec des heures précises et un travail cadré. Et entre auto-entrepreneur et la galère des contrats “vacataires”, je pense que le bon choix est le premier.

    Enfin un dernier point au sujet, notamment, des reines qui font jouer la concurrence pour baisser les prix.
    Si l’on omet la critique sur la société qui gère le site et l’infrastructure de la société, chaque reine est responsable de sa Ruche. Et en allant dans plusieurs Ruches, on voit tout de suite que l’ambiance y est différente.
    Donc que certaines personnes tentent d’exploiter le filon sur le dos des producteurs, je n’en doute pas. C’est triste mais c’est, me semble-t-il, la nature humaine. Mais à côté de ça il y a de nombreuses reines qui font tout pour aider les producteurs à se développer. Certaines reines organisent des sorties pour aller visiter les producteurs (et leur acheter leurs produits en direct), elles utilisent la plateforme du site pour diffuser des informations dès qu’un producteur lance, par exemple, une campagne sur un site de financement participatif, ou dans le cas plus triste de GAEC du Pot au Lait, pour essayer de trouver une solution collective (ce qui n’a malheureusement pas réussi…).

    Je ne dis pas que vous ne soulevez pas des points intéressants, et en tant que sceptique avéré, je suis le premier à regarder d’un œil critique toutes les modes qui cherchent à donner bonne conscience au consommateur naïf (le bio par exemple…), je pense qu’une discussion est toujours favorable à l’amélioration des choses, et je suis content que vous soyez revenu écrire un commentaire avec une vision qui vous est plus personnelle et me semble plus instruite, que les 8 points citez précédemment, dont nombreux se rapprochent plus de la diffamation que d’un réel argumentaire.
    Je pense simplement que vos critiques de la Ruche qui dit Oui s’apparentent d’avantage à des “bémols” sur un système améliorable mais qui avance tout de même dans le bon sens, plutôt qu’à des fausses notes révélant la perfidie d’une mécanique vouée au désastre.
    J’espère ne pas me tromper, et je garderai mon œil sceptique grand ouvert.
    Encore merci à vous pour cet échange.
    T. Tilash


  12. Thomas le 25 novembre 2014 à 14:14
  13. Bien heureux d’avoir pu vous lire en retour.
    Je suis vraiment pas un habitué des débats de commentaires car ils tournent le plus souvent au ridicule.
    ça me fait plaisir de voir que ce n’est pas le cas avec vous !

    Je compte sur vous pour garder un œil attentif sur les “bémols” qui ont été soulevés.

    Je ne mesure pas vraiment à quel point la situation peut être différente lorsque l’on vit en ville par rapport à la campagne.

    Merci de l’échange et bonne continuation !


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